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Venus à la fin du XVIIIe
siècle, de la région du Kwango au nord de
l'Angola, les Pende ont eu des relations étroites
avec les Lunda. Les trois cent mille Pende sont
divisés en de nombreux groupes territoriaux dont les
deux plus importants se trouvent dans le Kwilu et le
Kasaï. Dépourvus de gouvernement
centralisé, ils forment une soixantaine de petits
royaumes de tailles variées comprenant plusieurs
clans à la tête desquels se trouve un chef dont
la fonction principale, religieuse, est d'être le
médiateur entre des ancêtres mvumbi, source de
la fécondité et de la
fertilité.
Bien que société
matrilinéaire, l'état de sculpteur se transmet
de père en fils. Les ancêtres sont
honorés tout particulièrement pendant la
fête masquée du minganji dans des sanctuaires
situés dans les huttes des chefs ou en bordure de la
forêt : ce sont de petits édifices
carrés entourés de palissades et de toits
surplombants. Une statue de la femme du chef surmonte
parfois le toit. Elle symbolise la fertilité et
souligne l'importance de la femme. Les portes, piliers et
poteaux de ces huttes sont souvent sculptés, en
haut-relief, de représentations des masques et des
figures d'ancêtres. Les Pende fabriquent
également des objets rituels ou utilitaires comme des
chaises, des tabourets, des bâtons de commandement,
des masques miniatures, des flûtes, des cors, des
sifflets, des tambours, des armes, des herminettes, des
coupes, des mortiers et des instruments de
divination.
La statuaire s'attache
particulièrement à l'expression du visage mais
les
masques restent les objets les plus intéressants. On
trouve deux styles majeurs : celui de l'ouest, celui du
Kwilu, est plus connu par son masque mbuya avec le front
bombé, la bouche tournée vers le bas, les
paupières lourdes, la ligne de sourcils continue sur
le front et l'expression sombre et morne. Le style du Kasai
est plus géométrique et plus coloré ;
les masques sont décorés de triangles rouge et
noir sur un fond de terre de Sienne, et les yeux sont
souvent-étroits et globuleux.
Les minganji ou masques de pouvoir représentent
les ancêtres ; les mbuya ou masques de village, des types humains tels
que le chef, le devin,
l'épileptique à la bouche tordue, le fou ou l'homme en transe, la veuve,
l'amoureux ou le bourreau. Au total, une vingtaine de caractères et
sept masques de pouvoir apparaissent successivement dans les cérémonies
comme la fête de la plantation du millet, la mukanda ou rituel de circoncision
et d'initiation, l'intronisation d'un chef. Autrefois pour cette cérémonie,
ïephumbu ou "tueur" partait tuer le premier étranger rencontré pour
mettre son crâne au sommet de la case cheffale. Le mbuya doit amuser
le public : à cette fin, il est plus réaliste et plus expressif. Le
minganji, plus abstrait, est constitué d'une planche triangulaire qui
forme le visage surmonté de cornes ou de protubérances ressemblant à
des épées. Le mbuya exprime les valeurs de la société pende ; il fonctionne
comme agent social en faisant une satire des déviations de cet idéal.
Le costume est fait de raphia, de tissu européen ou de feuillage. A
l'inverse, le minganji suscite la peur et le respect. Entièrement en
raphia, il couvre tout le corps et porte des yeux tubulaires sur le
front. Venu de la forêt accompagné de musiciens, de joueurs de tambours
et de chanteurs, le mbuya. apparaît à la fin des rites de la circoncision.
Le minganji se manifeste à la fin du jour, dansant sur la prairie autour
du village pour n'être vu que de loin. Au terme de la fête, les jeunes
circoncis se retrouvent dans la forêt pour le dévoilement du masqué.
Ils ont alors le droit de toucher les masques et les divers objets rituels.
Connu seulement dans le Kasaï,
le giphogo est un masque-heaume représentant le chef.
Couvrant les épaules du masqué, il a une large
barbe horizontale ornée de dessins
géométriques ; le nez est proéminent et
forme un angle droit avec le visage, il tient un
éventail dans chaque main et une peau de singe est
attachée au sommet de la coiffure. Il fait partie du
trésor du chef (kifumii). Son absence
entraînerait le malheur.
La réputation des
Pendé tient aussi à leurs pendentifs en ivoire
appelés ikhoko. Amulettes protectrices, ce sont des
versions miniatures des masques mbuya : yeux et bouche
triangulaires, narines très apparentes, front
délimité par une ligne en relief, coiffure en
pointe, parfois de longues barbes. Ils sont faits le plus
souvent en ivoire, en dent d'hippopotame, en bois ou dans un
matériau très dur, la graine de muhafu.
Lorsqu'ils sont en métal, en étain ou en
plomb, ils reproduisent alors des exemplaires en ivoire ou
en bois. Porté par les hommes, le ikhoko est symbole
de statut et prestige. Le jeune circoncis qui le
reçoit le gardera jusqu'à sa mort pour le
transmettre ensuite à un autre membre de la
famille.
Les Pendé ont une
très grande réputation auprès de leurs
voisins, les Kuba disent avoir appris des Pende l'art de la
poterie, les Tshokwe leur attribuent l'invention de la
fusion des minerais de fer et les premiers
fourneaux..
L. de SOUSBERGHE, L'Art pende,
Académie royale de Belgique, 1958.
H. VAN GELUWE, " Masque Pende ", in Vingt-cinq sculptures
africaines.
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