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Les
Mumuye vivent au Nord est du Nigeria entre les villes de
Jalingo et de Zinna, dans une région comprise entre
la boucle de la Benoué et la frontière
camerounaise où les premières traces
d'activité humaine datent de 39 000
ans.
Estimés à 400 000
individus, ce sont des cultivateurs de sorgho, de millet et
d'ignames. Ils se divisent en 7 sous groupes aux coutumes et
croyances distinctes : les Pugu, un groupe sans
dénomination au nord de leur région, les Yoro,
les Rang, les Zinna, les Yakoko, les Gola.
Leurs langues présentent peu
de différences. Ils parlent une langue adamawa qui
appartient au groupe linguistique Niger-Congo Ils se
reconnaissent une origine commune sans doute située
plus au sud, ayant subi les mouvements
de population suscités par les jihads fulani.
Les Mumuye accordent une importance
particulière au maître de la pluie du village
de Yoro, leur autorité religieuse suprême. Leur
culte principal est celui du Vabo qui désigne des
divinités intermédiaires entre le dieu
suprême La qui est identifié au soleil et les
êtres humains.
Dépourvus de pouvoir royal,
les Mumuye sont organisés en système de classe
d'âge ( chaque classe d'âge fait exécuter
un masque, nommé va ou vabou, représentant un
animal qui symbolise son identité collective)et se
choisissent un chef de village assisté d'un conseil
des anciens.L'initiation des garçons a lieu vers 10
ans et se déroule dans une case appelée Tsafi.
Grâce à l'accès
difficile de leur pays, formé d'une chaîne
montagneuse et de savane, les Mumuye sont restés
à peu près isolés jusqu'en 1950,
époque où ils ont été
définitivement soumis par les Anglais. , Leur premier
contact avec des européens date en fait de
1892.
On a découvert la statuaire
Mumuye dans les années 1960, grâce notamment
aux chercheurs Arnold Rubin et Albert Maesen. Une
entrée au British Museum est signalée
dès 1922, mais est attribuée à une
autre ethnie, les Chamba. C'est la guerre de
sécession dans le sud Nigeria dans les années
67-70 et l'abandon des pratiques religieuses qui provoquent
une arrivée massive de statues Mumuye en France. Il
est estimé qu'il subsiste environ 500 statues
authentiques.
Ces statues appelées
iagalganga ou supa, ne représentent par les
ancêtres mais incarnent un esprit tutélaire. Si
l'usage rituel des masques est collectif, celui des statues
est individuel. Elles sont conservées dans le Tsafi
ainsi que dans des enclos familiaux qui appartiennent
à des personnages influents : guérisseur,
devin, faiseur de pluie ou de tonnerre, forgeron.
Comme le Tsafi, les cases du
maître de la pluie et du forgeron sont interdites aux
femmes. Elles renferment les objets nécessaires aux
rituels de la pluie. Un poteau surmonté d'une
tête sculptée, placé au centre du
village, rappelle les statues.
La possession de statues renforce
le statut et le prestige du propriétaire qui le
tenant dans les mains, dialogue avec elles et assure ainsi
sa protection personnelle.
Elles
jouent le rôle de gardien tutélaire du lignage,
mais sont aussi utilisées dans la divination(
où le suc d'une plante répandue sur elles est
censé libérer leur faculté de parole),
la médecine (elles garantissent le bien être et
la santé de la communauté, notamment en cas
d'épidémie de variole).
Dépositaires de la
vérité et de la justice, elles sont
consultées dans les ordalies où les hommes en
conflit jurent sur la statue qu'ils
embrassent.
Leur taille varie de 30cm à
1,50m mais la moyenne se situe entre 70cm et 90cm. La patine
est obtenue grâce à un enduit à base
d'huile ou de cire et la couleur varie du brun foncé
au plus clair. Leur aspect grisâtre est dû
à la poussière accumulée. La statue
peut avoir des ajouts : bracelets,
chaînes
Leur principale
caractéristique, unique dans l'art africain, est
l'ajourage systématique entre les corps et les bras
qui forment une volute ou une spirale autour du buste mince
et cylindrique qui forme une colonne.
Le sculpteur part d'une bûche
de bois et dégage une bande qui sera
l'extrémité des bras puis il évide
entre le torse et les bras, très allongés
constitués de plans et de courbes.
Les jambes sont courtes ( dans le
style dit trapu, un autre style existe avec des jambes plus
allongées), elles sont souvent marquées
d'entailles et servent de support à la statue, leur
taille est proportionnelle à celle de la
tête.
Celle ci de petite taille, de forme ovale est
surmontée de diverses coiffures stylisées. La
tête peut être stylisée jusqu'à se
réduire à une sorte de bec sortant de la
coiffe.
Le sexe est rarement
représenté. Ce sont les oreilles aux lobes
distendus de part et d'autre du cou qui indiquent
l'appartenance au sexe féminin d'une statue. Les
formes varient d'un village à l'autre.
Ce système de
répétition des plans et des volumes implique
deux surfaces bien délimitées qui s'opposent
l'une à l'autre comme ascendante/descendante et
concave/convexe. La statuaire masculine est plus
ramassée, la féminine prend plus possession de
l'espace.
Représentées debout,
bras le long du corps, ces statues expriment d'abord l'ordre
et la stabilité. Cependant, le jeu dynamique des bras
autour du corps procurent une impression de mouvement, assez
peu répandue dans l'art africain. Les chefs
d'uvres Mumuye recèlent tant une audace
plastique qu'une immense impression d'énergie.
La statuaire Mumuye a
disposé d'une faible période de maturation. La
grande majorité des statues étudiées
semblent avoir été créées
à la même époque entre 1840 et 1930.
Aucune statue plus ancienne n'a été
jusqu'à aujourd'hui retrouvée.
Le sculpteur, rati ou molabaeine,
n'a pas de statut particulier comme le forgeron et ne
transmet son métier à son fils. Il l'apprend
chez un autre sculpteur moyennant une rétribution. Il
fabrique également des manches de hache, des
sièges, des cuillères et des tambours et
exerce souvent un autre métier : tisserand ou
guérisseur. 3 artistes Mumuye sont connus ( Lenke de
Zinna, Nyavo de Panti Lapo et Musa Dafe de Dafe) sans que
pour autant des uvres puissent leur être
attribuées.
Cette synthèse très
"pointue" a été réalisée
à partir des différents textes
mentionnés dans la bibliographie ci-dessous par un
visiteur du site qui me l'a envoyée par e-mail. Je me
permets de la reproduire ici avec son accord. Merci à
Raphaël P. !
Bibliographie sommaire.
H.JOUBERT, " Mumuye ", in Arman et l'art africain,
Réunion des Musées Nationaux, 1996.
J.KERCHACHE, J-L.PAUDRIAT, L.STEPHAN, " Mumuye ", in L'art
africain, Mazenod
P.FRY, " essai sur la statuaire Mumuye ", in Objets et
Mondes, Musée de l'Homme
1970.
A.RUBIN, " Figure Mumuye ", in Vingt cinq sculptures Mumuye,
Ed J.Fry, Musées Nationaux du Canada.
B.de GRUNNE, " Une main de maître Mumuye de l'est du
Nigeria " in Mains de maîtres, BBL
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