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Originaires
du Ghana, les deux cent cinquante mille lobi se
répartissent entre le Ghana, la Côte-d'Ivoire
et le Burkina
Faso. Ces " farouches guerriers " ont traversé la
Volta noire et se sont déplacés pendant cent
cinquante ans pour cultiver des céréales sur
les terres que les Kulango voulaient bien leur laisser.
Dès le XVIlème siècle, ils ont
été suivis dans leur émigration par les
birifor et les dagara, leurs voisins du nord et de l'est qui
partagent le même fonds d'institutions et de culture.
Évitant le contact avec les Européens, ils ont
échappé longtemps à l'observation
ethnographique et leur sculpture a été
complètement découverte seulement dans les
années 1950. La filiation est matrilinéaire,
pour la transmission des richesses, mais
patrilinéaire, pour les droits d'usage sur la terre,
les habitations et les autels domestiques.
Les lobi ne connaissaient pas d'autorité
centralisée mais s'organisaient par
regroupement de clans patrilinéaires et matrilinéaires,
le groupe matrilinéaire constituant autrefois l'unité
solidaire pour la vengeance et les conflits armés. Aujourd'hui,
comme par le passé, le village est constitué d'habitations
dispersées, distantes " d'une portée de flèche
", de cinquante à huit cents mètres. Les habitations très
caractéristiques sont décrites comme des forteresses carrées,
constituées d'un seul et vaste bâtiment dépourvu
de fenêtres et surmonté d'un toit en terrasse. Aux alentours,
s'étendent les champs permanents et semi-permanents, tandis que
les champs de culture temporaire se trouvent à l'extérieur
de la zone habitée. Derrière les murs d'argile, s'abritent
les autels, les huttes et les poulaillers autour de l'arbre central,
sous l'autorité absolue du chef de famille. Chaque cuor
ou maisonnée du chef de famille comprend non seulement sa ou
ses femmes, mais les fils mariés, leurs épouses, et les
enfants
d'où qu'ils viennent. Le cuor est subordonné à
un thil, génie tutélaire invisible qui transmet
ses exigences par l'intermédiaire des devins et des sorciers.
C'est le thil
qui dicte les interdits et exige la création d'une nouvelle figure
de bois pour le sanctuaire du village ou de la maisonnée. Si
l'ordre n'est pas suivi, des calamités peuvent accabler le village
(épidémie, sécheresse), la faute d'un individu
pouvant retomber sur la collectivité. L'homme peut avoir plusieurs
thila, le premier étant le chef des
autres ; à la mort du propriétaire, il sera hérité
par les fils tandis que les autres seront abandonnés. Chaque
maisonnée a son propre autel et ses protecteurs individuels entretenus
par le chef de famille qui consulte régulièrement le devin.
Les thila se comportent comme des personnes avec leurs caprices
: ils peuvent exiger une chasse collective, ou bien un buur, initiation
coûteuse qui se fait à l'intérieur de la maisonnée
et qui nécessite l'intervention du devin.
 Selon
leur mythologie, les lobi vivaient autrefois dans un
état paradisiaque, nourris par le dieu
créateur. Ils ne travaillaient pas, ne souffraient ni
de maladie ni de mort précoce, mais ils
obéissaient aux commandements divins : ne pas tuer,
ne pas voler, ne pas séduire la femme du voisin et
rester unis. Mais les femmes étant en nombre
insuffisant, il y eut des disputes, puis des guerres. Dieu
s'est alors détourné des lobi, a pris la
viande, l'a remplacée par la houe pour
déterrer des racines. Mais il leur a laissé
les thila qui les aident en transmettant aux
prophètes les rituels, les médecines, les
rites d'initiation.
D'autres êtres
mythiques, les esprits de la brousse, sont couverts de poils
roux des pieds à la tête. Ils peuvent se
montrer à un individu, tout en restant invisibles aux
autres. Ils montrent aux hommes comment on interroge un
mort, comment on l'enterre ou comment on interprète
les prophéties.
Les hommes travaillent
aux champs, au moment des récoltes, mais ce sont les
femmes qui sèment et portent les épis de
maïs dans de grands paniers sur leurs têtes. Ils
élèvent du bétail et de nombreuses
volailles, surtout utilisés pour les sacrifices et le
paiement de la compensation matrimoniale. Pendant
la
saison humide où ils ne sont pas aux champs, les
hommes travaillent le bois, le
fer ou la fonte et construisent les maisons. Ils consacrent
cette période également aux visites de la
parenté, aux funérailles, prétextes
à de grandes réunions et aux marchés.
Des règles de parenté très strictes
régissent leur installation dans un lieu ainsi que
les mariages qui doivent tenir compte à la fois des
clans matrilinéaires et
patrilinéaires.
L'initiation ou
buur est organisée par le chef de famille
à la demande de son thil. Comme elle
coûte cher en nourriture et sacrifices, d'autres
membres de la famille y participent.
Tous
les sept ans, les jeunes hommes et femmes remontent vers
"l'origine mythique", sur les rives de la Volta noire ; les
jeunes initiés au dyoro subiront un lent
apprentissage qui se poursuivra dans leurs propres villages
auprès des anciens. Ils apprendront la langue
secrète du dyoro et entendront à plusieurs
reprises rugir la Bête qui "cherche à les
prendre". En réalité, c'était un des
moyens utilisés, autrefois, pour les vendre comme
esclaves, sur l'autre rive de la Volta.
Pour interpréter
les demandes d'un thil, le devin est indispensable.
Personne ne souhaite l'être, car la position est
ruineuse et son titulaire n'a plus le temps
de
s'occuper de ses champs. Mais il doit céder à
" l'appel " sous peine de mort. Il ne reçoit aucune
compensation pour ses consultations et ne doit jamais
refuser un client. S'il est également sculpteur, il
peut acquérir un certain prestige. Il donne
jusqu'à quinze consultations par jour, posant des
centaines de questions car il doit deviner la raison de la
consultation. Il est entouré d'objets divers : des
pierres, des cloches, de la paille de mil, des sacs de
cauris et des statuettes. La divination se fait par des jets
de cauris ; en général, le devin recommande la
construction d'un sanctuaire ou l'offrande de
sacrifices.
Certains
hommes, femmes ou enfants peuvent être sorciers ou
malfaisants; ils disparaissent en cas de danger, volent, se
transforment en animal, rentrent dans les maisons et
s'emparent de l'âme d'un individu qui tombera malade
et en mourra. Le féticheur possédait autrefois
quarante à cinquante statuettes et ses thila
étaient très puissants pour l'identification
du coupable.
Le sculpteur qui vit de
l'agriculture, ne consacre qu'une partie de son temps
à la sculpture et son apprentissage peut être
réduit, aussi les objets sont-ils de qualité
variable, souvent médiocre.
La
sculpture lobi est une découverte relativement
récente. Les Lobi n'utilisent pas de masque mais
créent des figures appelées bateba et des
têtes sculptées au sommet d'un pieu
planté dans le sol. Ces figures associées aux
défunts sont des êtres situés entre les
esprits et les hommes et peuvent représenter des
défunts, des revenants ou des esprits de la brousse.
Leur taille varie entre 30 et 80 cm, en moyenne. Les statues
président aux rites de fondation essentiels pour
obtenir la protection des nouvelles maisons : un lobi change
en effet de résidence environ trois fois au cours de
son existence
Ici le bois brut
apparaît sans fard. On trouve quelques têtes en
terre cuite sur des récipients , des "fers noirs"
(fers forgés représentant des humains ou
des
animaux) et également des bronzes, et de rares
figures en ivoire.
H. LABOURET, Les Tribus du
rameau Lobi, Paris, institut d'Ethnologie, 1931.
P. MEYER, Kunst und Religion der Lobi, Zurich, Muséum
Rietberg, 1981. J.-D. REY, Les Lobi, Paris, catalogue de la
galerie J. Kerchache, 1974. C. DE ROUVILLE, Organisation
sociale des Lobi, Paris, L'Harmattan, 1987.
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