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(1) Cette distance est un minimum
entre !a maison du père et celle de son fils. Elle est donc souvent
plus importante, et un "village" lobi présente un habitat très éparpillé.
(5) Depuis l'occupation coloniale, les termes "pays lobi" ou même "le lobi", utilisés pour désigner l'aire géographique occupée par ces différentes populations, sans doute un abus de langage dont on continue à user aujourd'hui, même au Burkina Faso. Parler d' "art lobi" ou de "statuaire lobi" en constitue un autre en usage parmi les amateurs d'art africain, mais dans l'état actuel des connaissances, il est difficile, sauf exception, de pouvoir distinguer, hors contexte, les oeuvres purement lobi de celles des autres peuples apparentés. Ainsi, dans notre description de la société traditionnelle, nous prendrons comme exemple celle des lobi proprement dits, mais a propos de la statuaire, nous ferons référence, saut certaines précisions, a l'ensemble composé des différents peuples. (6) La guerre de résistance a l'occupation coloniale fut essentiellement le fait des Lobi proprement dits et des Birifor. (7) A l'exception du peuple Gan soumis a l'autorité d'un "roi".
(8) Nous en vîmes nous-mêmes de nombreuses, dès 1971. Tant à Ouagadougou qu'à Abidjan.
(9) Les objets rituels personnels qu'une femme peut posséder en propre, comme le petit autel portatif qu'elle amène avec elle lorsqu'elle part vivre chez son mari, seront transmis à l'une de ses filles.
Fig. 8 : Autel dans la chambre sanctuaire,
"thildou" ,a l'intérieur d'une habitation. On distingue, dans le fond,
les édifices en terre, coniques et anthropomorphiques, et, sur le
devant, des figures en bois de différentes tailles, sculptées dans
diverses postures et attitudes. Certaines ont les pieds pris dans
la terre etd'autres sont simplement déposées sur le sol. Les fruits
de calebassier suspendus au plafond, et les urnes en terre, fermées,
que l'on aperçoit au-dessous, contiennent le ou les "médicaments"
du "thil". On remarque distinctivement les traces des sacrifices de
volailles.
(10) Un thil individuel devenu réputé pour son action efficace peut aussi être acheté à son propriétaire/découvreur et voir ainsi son culte s'étendre dans l'espace et dans temps à de nouveaux adeptes.
(11) Plus rarement, certains autels sont édifiés dans une forme animale comme, par exemple, celle de l'hippopotame dans le culte "Sipué" rendu à cet animal sacré. (12) Les travaux de T. Spini et G. Antongini ont montré que l'emplacement et l'orientation choisis pour un autel ne sont pas arbitraires mais fonction de la situation de l'habitation et des autres autels, dans le respect de règles donnant a l'ensemble maison/autels une cohérence particulière pour une efficacité protectrice et propitiatoire optimale. (13) S'il existe des sculptures en ivoire, en métal ou en terre, les sculptures en bois sont de très loin les plus nombreuses.
(14) Le culte du père est facultatif chez les Lobi et ne sera rendu que si le père en a fait la demande de son vivant ou si, après son décès et à la suite d'un événement survenu, le devin, consulté par le fils, le juge indispensable. De plus, h représentation par une statue en bois n'est pas systématique. Chez les Dagara, au contraire, le culte est obligatoire de même que la représentation du défunt par une figure en bois en forme de Y renversé, caractéristique de cetîe population. Lorsque le culte n'est plus entretenu, on ne détruit pas les statues qui demeurent dans !e sanctuaire familial. (15) "Kontomé" en dagara est l'équivalent de "Konté" en lobiri.
(16) Sur des oeuvres relativement récentes, il arrive que les pieds, clairement indiqués, reposent sur un socle hémisphérique. (17) Ceci apparaît comme une exigence pour les figures d'autels. Les analyses de bois auxquelles nous avons pu faire procéder, grâce au concours du laboratoire du M.R.A.C. de Tervuren, sur un ensemble de statues anciennes, dont celles du musée, semblent confirmer ce fait. Les essences d'acacia ou de combretum par exemple se retrouvent dans la statuaire comme dans la construction des maisons. Pour le combretum, sa bonne résistance aux termites s'explique peut-être par la présence dans ce bois d'une forte densité de cristaux d'oxalate de calcium, sans doute peu appréciés des gourmets.,, A ces impératifs d'ordre technique viennent s'ajouter, au moins dans certains cas, des obligations rituelles et le devin prescrira alors l'emploi d'un bois spécifique. (18) D. Bognolo, qui a déjà entrepris de définir les caractéristiques propres aux sculptures des Teésé, oriente ses recherches dans ce sens. P. Meyer a déjà isolé dans son ouvrage différents groupes de sculptures qui semblent pouvoir être attribués à une même main.
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A l'époque, pas si éloignée, où l'on guerroyait
encore, les maisons renfermaient aussi tous les greniers et les enclos
à bétail, dont certains, de nos jours, peuvent être construits à l'extérieur.
Cette belle architecture, rude et austère, semble être faite pour
décourager l'importun et parle d'elle-même au visiteur étranger, qui
devinera sans peine, qu'il n'y sera pas forcément le bienvenu et que
certaines formes et précautions seront utiles pour y recevoir bon
accueil. Autrefois peuple de chasseurs et de pêcheurs,
les Lobi, fiers et farouches, vivent maintenant surtout de leur agriculture.
Ils élèvent du petit et du grand bétail qui, avec la volaille, sont
principalement utilisés pour les compensations matrimoniales et les
sacrifices rituels. Leur population, installée dans une région de
savane arborée, de plaines et de collines ("montagnes" disent les
Lobi) est surtout concentrée dans le Sud-Ouest du Burkina Faso mais
s'étend aussi en Côte d'Ivoire et quelque peu, de nos jours, au Ghana.
Dès le début de l'occupation européenne, dans les dernières années du 19ème siècle, les Lobi ne se montrèrent pas coopératifs. Ils se distinguèrent vite par leur mauvaise volonté à se soumettre à un pouvoir venu d'ailleurs et, durant la période coloniale, il ne fut pas rare que les contacts entre les Lobi et les représentants de l'administration se soldent par une volée de flèches aux dépens des seconds, lesquels, en représailles, faisaient donner les tirailleurs...(6) Les habitants du "pays lobi", n'ayant a subir le joug de personne et ne se battant a l'occasion qu'entre eux, les Européens ne purent se présenter comme des protecteurs ou des libérateurs pour faire admettre "la loi et la paix coloniales". Leur tâche était d'autant plus difficile que ces sociétés sont de type acéphale, sans pouvoir politique centralisé(7) avec lequel il eut été possible de négocier. L'art lobi, au contraire, et en particulier la statuaire, est le type même de l'art de culte à usage individuel, familial, lignager ou villageois, dont les productions très nombreuses sont, à l'image de l'habitat, très éparpillées et tenues par leurs propriétaires à l'abri des regards indiscrets. Cela explique que les seuls objets lobi connus en Europe ne furent pendant longtemps que des parures, comme des bracelets et des pendentifs, en métal ou en ivoire, ou encore les petits tabourets tripodes et les crosses de bois sculpté utilisées lors de certaines danses rituelles. D'autre part, si la nécessité de sculpter une figure pour des besoins rituels est fréquente pour un Lobi, celui-ci n'aura pas toujours le loisir ou les moyens de faire appel à un spécialiste, et peut alors devoir la réaliser lui-même. D'où la profusion d'œuvres sommairement taillées, souvent frustes, parmi lesquelles les œuvres de belle facture ne sont pas faciles à discerner sur les autels, plongés souvent dans la pénombre des maisons ou des sanctuaires, et où il n'est pas bienvenu, pour l'étranger, de s'attarder, et encore moins d'aller tenter un tri, ne serait-ce que du regard...! On comprend mieux alors que les premiers observateurs, pour qui, de surcroît, la statuaire n'était pas la préoccupation majeure, se laissèrent aller à des jugements d'autant moins élogieux qu'ils étaient hâtifs. Henri Labouret, en 1931, qualifiait leurs statues de "fort grossières... laides et disproportionnées... vite faites et taillées n'importe comment" ("Les Tribus du rameau lobi", p. 188). Mais dans cette opinion il avait en Charles Léon, qui fut, semble-t-il, le premier, en 1931, à publier des objets et en particulier des statues Lobi, un prédécesseur encore plus sévère qui parlait de "statuettes monstrueuses" ! ("Les Lobi" - Revue d'Ethnographie et de Sociologie, p. 210). Il faut cependant se souvenir, que même à l'époque de Labouret, l'enthousiasme soulevé par les audaces des "objets nègres" n'était toujours partagé que par une poignée d'amateurs. Il n'en reste pas moins que de tels jugements se répercutèrent longtemps dans la littérature consacrée à l'art de l'Afrique noire, quand la sculpture lobi n'était pas purement et simplement ignorée. Ainsi, en 1954, dans son ouvrage "La Statuaire de l'Afrique noire", H. Lavachery écrivait : "Les Lobi... sont de pauvres sculpteurs, leurs figures sont frustres, d'une sécheresse misérable..." (p. 80). En 1956, D. Paulme, dans "Les Sculptures de l'Afrique noire", rend le même verdict à propos des populations du "rameau lobi" : "Leur sculpture est pauvre" écrit-elle (p. 41). En 1958, les Lobi ne figuraient pas au répertoire du célèbre ouvrage de E. Elisofon et W. Fagg, "La Sculpture Africaine". Mais, en 1965, W. Fagg dans "Sculptures Africaines", publie (n°24) un spécimen de statue janiforme d'exécution soignée appartenant à C. Ratton, mais dont il dit être "unique en son genre" ! car, chez les Lobi, écrit-il, "on trouve des statuettes qui ne sont parfois que des morceaux de bois presque informes... ou de simples poteaux sculptés où seul le visage a été l'objet d'un travail distinct..."
Mais le peuple lobi, qui fit autrefois le serment, encore très respecté, de ne jamais s'engager sur le chemin des blancs, continue de lutter pour préserver son âme et la société traditionnelle parvient encore à survivre. Les différentes études qui ont été menées, peuvent ainsi permettre de mieux percevoir la statuaire, dans ses rapports avec le contexte socio-religieux dans lequel elle intervient. On a longtemps cru, à la suite de H. Labouret, que la société lob était de type matrilinéaire. En effet chaque enfant, fille ou garçon reçoit à la naissance un matronyme nom du matriclan de sa mère, le tyar, attestant sa parenté avec un même ancêtre féminin. Le nom se transmet de mère en fille. Chaque fils le porte mais ne le transmet pas a ses enfants. Ainsi, la parenté maternelle se perd en ligne masculine. De plus, le fait que les biens économiques meubles (bétail, cauris, numéraire, objets divers) se transmettent en ligne utérine (on hérite de son oncle maternel) semblait confirmer la matrilinéarité. De plus, l'accomplissement de tous les rituels liés aux nombreux cultes relève, sur le plan domestique, du père chef de famille, et tous les biens sacrés qui s'y rattachent (autels, sanctuaires, maison, terre), sont transmis en ligne masculine de père à fils(9). La société lobi apparaît ainsi de type bilinéaire avec résidence virilocale, les épouses allant vivre chez leur mari. Mais chaque Lobi sera de surcroît assujetti à un organe de tutelle dont il ne pourra jamais s'affranchir complètement et constitué par le thityar, matriclan de son père, qui le lie à tous les utérins de celui-ci, qui seront, en cas de décès du père, autant de tuteurs en puissance. Ainsi tout ce qui, sa vie durant, le concerne (initiation, mariage, construction de sa maison, ses autels, ses obsèques...) sera réglé par son père ou à défaut par un proche utérin de celui-ci. Le père apparaît donc, de par sa position familiale et lignagère, comme le personnage clé de l'organisation socio-religieuse chez les Lobi. Il faut enfin ajouter que chaque Lobi fait partie d'un espace villageois, dii, donc d'une communauté attachée à un même terroir dont la surface est sous la protection d'une puissance spirituelle vénérée par tous ses occupants alors même qu'ils peuvent appartenir à différents lignages. La place de chaque individu au sein de la société est ainsi parfaitement définie par ses différentes appartenances familiales, lignagères, initiatiques et villageoises. Et il en va ainsi pour tous. "Tous les Lobi sont pareils" et il existe chez eux un grand respect de l'individu. Aucun ne saurait être investi du pouvoir sur les autres. De même, aucun lignage ou clan n'a d'ascendant ou d'autorité sur les autres. Un individu ne peut jouir du pouvoir que dans le cadre familial (cas du père), ou détenir sur une communauté qu'une autorité ponctuelle, précise ou circonstanciée. Le "chef" de tel culte, par exemple, n'est qu'un paysan comme les autres et traité comme tel, sans égards particuliers, en dehors de sa fonction religieuse. En fait, les Lobi ne reconnaissent de véritable
pouvoir que dans les puissances spirituelles, et leur organisation
sociale entretient à tous les niveaux des rapports étroits avec le
sacré. Leur système religieux est dominé par thangba, être
suprême, créateur de toute chose, en particulier de la terre, qu'il
féconde par la pluie, et de tout ce qui y vit. Entité inaccessible,
il se manifeste par certaines puissances, telle que la foudre, qui
peuvent être l'objet d'un culte et posséder un autel. Thangba n'intervient
pas directement dans la vie terrestre et le fait par l'intermédiaire
d'une multitude de thila (thil au singulier), êtres
surnaturels, puissances spirituelles invisibles. Chaque thil peut
faire l'objet d'un culte et donner lieu à la confection d'un ou plusieurs
autels. Existent aussi, pour les Lobi, Enfin, les défunts qui sont censés repartir vers le pays des ancêtres au-delà de la Volta Noire et y vivre sous la terre, peuvent continuer de se manifester aux générations qui les suivent, être alors élevés à la position de thil, faire l'objet d'un culte et posséder des autels.
Les très nombreux cultes peuvent être regroupés en quatre grandes catégories, à l'intérieur desquelles, comme l'a souligné P. Bonnafé à propos du dyoro, les pratiques rituelles peuvent varier considérablement selon les régions, les clans et les lignages. Les
cultes lignagers Les cultes lignagers et inter-etniques Les cultes individuels et familiaux D'autre part, si certains thila et leur
culte sont en quelque sorte "reçus" de par les appartenances lignagères,
villageoises, initiatiques et familiales, d'autres
thila seront "rencontrés" ou "découverts" au cours de la vie
et pourront faire l'objet d'un culte particulier rendu individuellement
par leur découvreur
et sa famille (10). Les devins
sont nombreux en pays lobi et jouent un rôle social très important.
Leur pratique est fondée sur la détention de secrets acquis au cours
d'initiations spéciales et mystérieuses, qui sont des institutions
très Le devin devra découvrir par lui-même les raisons qui ont amené son visiteur. Dans ses actes divinatoires, il pourra se servir, à côté d'objets divers comme des cauris ou des objets métalliques, de statuettes de taille réduite (dix à trente centimètres environ) et qu'il conserve dans un sac en peau de chèvre. Ces statuettes sont souvent transmises d'un devin à son successeur. Le devin désignera le thil qui s'est manifesté. Si le thil était jusque-là inconnu de son client, le devin pourra prescrire la confection d'un autel dans un endroit déterminé et les sacrifices et offrandes appropriées. S'il s'agit d'un thil possédant déjà son autel (thil du matriclan par exemple), il pourra prescrire des sacrifices mais aussi l'édification d'un autel supplémentaire. Les autels chez les Lobi sont souvent constitués d'un édifice en
terre, de taille variable (dix centimètres à un mètre ou plus), de
forme en général conique et présentant parfois un anthropomorphisme
plus ou moins accusé(11). Dans le cas des cultes
lignagers, une branche de l'arbre sacré du lignage est plantée à côté.
Souvent se trouvent des urnes en terre, fermées et contenant le "médicament"
du thil confectionné avec de l'eau et des ingrédients spécifiques
(selon les cas, ce "médicament", par onction ou absorption, pourra
avoir un effet thérapeutique ou protecteur). Sont aussi disposées
des calebasses destinées à recueillir les offrandes. (retour au sommaire
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Le devin indiquera aussi les caractéristiques de la sculpture. Outre sa taille, son sexe, il précisera la posture dans laquelle devra être sculpté le (ou les) personnage(s). La statuaire lobi est sans conteste une de celles, en Afrique noire, où la diversité des attitudes est la plus vaste. La plupart des positions que le corps humain peut adopter semblent pouvoir être rencontrées avec, en particulier, que la statue soit assise ou debout, une grande diversité dans la position des bras (l'un ou l'autre levé, ou les deux, très haut ou simplement écartés (Fig. 1), ramenés vers le menton ou la bouche (Fig. 2), ou maintenus le long du corps...(Fig 3), dans une gestuelle aux allures sémaphoriques.
Comme l'a montré P. Meyer, le choix de l'attitude dépend de l'effet attendu. Grâce à ses enquêtes menées sur le terrain dans la région de Wourbira, chez les Lobi de la "montagne", il a pu se faire indiquer le sens de ces postures si diverses et ainsi distinguer différents types de statues: Les "figures sorcières" destinées à lutter contre les maléfices des sorciers. Les plus "dangereuses", donc les plus efficaces sont souvent celles qui lèvent un bras ou les deux dans un geste conjuratif, ou celles représentant les personnes extraordinaires décrites plus haut. Les "figures tristes" pouvant adopter les différentes attitudes des femmes au moment d'un décès et qui seraient destinées à prendre sur elles le malheur en lieu et place de leur propriétaire. Il en irait ainsi des statues aux bras largement écartés. Les "figures spécialisées", destinées à une fonction précise ou ponctuelle comme favoriser la fécondité des femmes ou remédier a la stérilité des hommes. Ce sérail le cas des petites maternités et des personnages accouplés. La question s'est posée de savoir si certaines de ces statues peuvent être parfois des représentations d'ancêtres. Cela amène la question plus importante de l'existence d'un culte des ancêtres. Si celui-ci est entendu comme le culte rendu aux ascendances lignagères et claniques, considérées dans leur globalité, alors le culte des ancêtres existe indiscutablement chez les Lobi et, M. Père l'a montré, y revêt une grande importance sous ses différentes formes. Mais elle souligne aussi que si, lors de certains rites, les ancêtres lointains sont parfois invoqués individuellement et nommément désignés, cela ne constitue pas une règle, et que, si l'existence de statues commémoratives d'ancêtres précis a pu être constatée ici ou là, cela ne paraît devoir être qu'exceptionnel. Dans le cadre du culte individuel du père, le thré, les figures disposées sur l'autel sont parfois désignées par leur propriétaire comme représentant un père ou un aïeul peu éloigné, dont le culte n'est pas, en général, poursuivi au-delà d'une ou deux générations (14). Certaines statues pourraient aussi matérialiser des "doubles". Pour les Lobi, en effet, chaque individu a un "double" qui mène une existence indépendante et se manifeste lors des rêves. Dans quelques régions, en particulier chez les Dagara, certaines figures représenteraient des Kontomé (15), êtres extraordinaires de la brousse, qu'il convient de se concilier notamment en les matérialisant sous forme humaine ou hybride à corps d'homme et à tête d'animal. Ainsi, les statues peuvent, en pays lobi, être associées à des êtres fort divers, et l'identification qui en est faite par leur propriétaire paraît, là aussi, pouvoir être l'objet de nombreuses variantes. Quant à leur nature "spirituelle", ces figures
seraient, selon P. Meyer, considérées par les Lobi comme des êtres
à part entière dont l'essence relèverait à la fois des thila
et des hommes. Placées sur un autel consacré à un thil, elles viendraient
par leur présence en renforcer le pouvoir protecteur. Au cours de ce qui précède, nous avons déjà évoqué deux catégories
de sculptures : 2) Les figures divinatoires, statuettes à l'usage des devins, de petite taille, n'excèdent pas quarante centimètres. Cette classification, exclusive d'aucune autre, s'applique à l'ensemble de la statuaire du "pays lobi" et permet d'expliquer les différences d'aspect et de "patine" que l'on constate souvent parmi les œuvres. Les figures d'autels sont des objets qui ne sont pas ou peu manipulés. On ne les déplace que lorsqu'il s'agit de déménager un autel. Lors des sacrifices et offrandes rituelles, on peut y faire des libations avec le sang des victimes, de la bière de mil ou toute autre substance prescrite par le culte. Si les statues sont placées en extérieur, exposées aux intempéries, seules subsisteront les traces sacrificielles récentes et le bois de ces figures présentera un aspect délavé ou même raviné (Fig. 5). Dans le cas des figures d'autels intérieurs, les dépôts sacrificiels pourront s'accumuler et provoquer la formation d'une patine croûteuse, surtout dans la partie haute des statues (Fig. 1). Celles qui sont disposées dans la maison seront parfois très exposées à la fumée des feux de bois qui viendra, à la longue, en obscurcir la patine (Fig. 2). Il n'en va pas de même avec les figures du second et du troisième type. Si l'on y pratique aussi des libations rituelles pour les consacrer, pour en renouveler ou en accroître le pouvoir, ces objets sont manipulés plutôt fréquemment et leur patine peut prendre, au fil du temps un aspect lisse et brillant caractéristique (Fig. 10,11, 12, 13). Cette classification est aussi la seule, à notre avis, praticable pour les objets dont on ignore le lieu et le contexte rituel de récolte. Mais cela dans certaines limites car si l'on peut, presqu'à coup sûr, distinguer, grâce à leur taille et/ou leur patine, les figures d'autels, le tri est souvent plus aléatoire parmi les œuvres des deux autres catégories, car leur taille et leur patine sont semblables. D'autre part, une figure peut avoir connu un changement dans sa destination rituelle. Ainsi, les statuettes divinatoires d'un devin décédé sans successeur, pourront être placées par ses héritiers sur l'autel familial et connaître, avec le temps, une modification de leur patine. Il nous faut enfin évoquer la question des styles et rappeler que l'aire stylistique de cette statuaire déborde largement l'espace de peuplement strictement lobi pour englober celui des peuples apparentés. C'est au niveau des composantes morphologiques et des détails anatomiques que les caractères de la statuaire lobi sont le plus directement perceptibles. Ainsi, dans les visages, le plus souvent concaves, les yeux sont traités en grain de café ou en amande, ou par la simple avancée de la paupière supérieure, et les arcades sourcilières, parfois indiquées, se confondent, le plus souvent, avec le surplomb d'un front tombant bas, assombrissant ainsi le regard. Le nez est en saillie, rectiligne ou triangulaire, aux ailes parfois dessinées, au-dessus d'une bouche étroite, aux lèvres plus ou moins proéminentes rappelant, même sur les figures masculines, la déformation provoquée chez les femmes par le double labret. Si la tête des statues féminines est, en général, dépourvue de coiffure
ou semble recouverte d'une sorte de casque évoquant les cheveux coupés
ras, les figures masculines arborent souvent une crête, simple ou
multiple, parfois associée à un faisceau de nattes qui lui sont parallèles
et pouvant se rejoindre au-dessus de la nuque en une petite queue. Le cou, vertical et robuste, rejoint un tronc aux épaules carrées, aux seins plats en plastron ou peu proéminents avec, en général, peu ou pas de différence entre figures masculines et féminines. Au-dessus d'un sexe le plus souvent discret, le nombril est toujours bien indiqué par une protubérance en bouton ou par le point extrême de l'avancée abdominale, elle-même balancée par un fessier d'une vigueur égale. Les bras, souvent longs, lorsqu'ils ne sont pas ramenés aux épaules
ou au visage, sont assez déployés et peuvent tomber très bas le long
des cuisses. Les mains ne sont pas toujours représentées ou alors
suggérées par un aplat en forme de palette, les doigts absents ou
simplement signalés par de petites entailles. Les statues, qui sont en général exécutées dans un bois très dur, de bonne résistance aux xylophages (17) , se caractérisent enfin par une sorte de raideur hiératique agrémentée parfois par l'une des multiples postures décrites plus haut. les variations stylistiques et le sculpteur lobi Mais, à l'intérieur d'un fond stylistique commun, qui permet en général
d'identifier rapidement une sculpture, on ne peut qu'être frappé,
à l'examen Si certains auteurs ont entrepris une étude stylistique et déjà abouti
à des résultats intéressants, ceux-ci restent encore partiels et fragmentaires.
Une étude globale et systématique est encore à venir pour tenter de
déceler, grâce à des enquêtes de terrain, ce qui, dans un corpus d'
œuvres anciennes suffisamment vaste, pourrait relever des constantes
ethniques ou claniques, des emprunts et influences qui, tout au long
d'une histoire commune, n'ont pas manqué de se produire, des éventuels
foyers stylistiques et de la personnalité de tel ou tel Le sculpteur, chez les Lobi, n'est pas un homme de caste. On y devient sculpteur souvent par hasard ou par nécessité. Quiconque doit disposer d'une statue pour un de ses autels peut être amené à l'exécuter lui-même. Si le résultat, sur le plan rituel, est jugé satisfaisant, il arrive que ce service soit rendu à l'entourage familial puis à d'autres demandeurs. Mais il est fréquent qu'un individu apprenne du devin qu'un thil le désigne pour être sculpteur. Tenter de se dérober serait s'exposer au malheur. Une fois le savoir acquis, celui-ci ne saurait valoir à son détenteur un quelconque privilège. Comme tout autre Lobi, le sculpteur doit affronter une vie rude de labeur et de luttes, toujours à la merci de forces mystérieuses et maléfiques, promptes à lui tendre des pièges qu'il lui faut déjouer. Ce qu'il fait pour un autre, il peut le devoir pour lui-même si, aux prises avec des puissances d'autant plus redoutées qu'elles demeurent cachées, il lui faut en appeler à l'un ou l'autre de ses thila. Ainsi, alors que dans les arts de cour, en Afrique comme ailleurs, viennent s'intercaler entre l'œuvre et son auteur des motivations qui ne sont pas les siennes, le sculpteur lobi demeure au cœur de la bataille que les hommes doivent livrer contre les forces occultes, et pour laquelle il taille dans le bois. C'est alors que, si le hasard ou la nécessité a fait collusion avec le talent, les gestes qui sans doute libèrent le fond de son être, l'amènent, à son insu peut-être, à des réussites intenses et fiévreuses comme autant de cris poussés dans la pénombre pour conjurer le mal, exorciser la peur. Toutes entières tendues par le ressort des cultes, ces sculptures sont pour nous, plus que d'improbables leçons sur des rites étranges, l'expression d'un acte créateur directement appréciable, dont l'intérêt dépasse et transcende par sa survivance, y compris pour les Lobi dans le futur, le sens rituel qui les étreint. Claude-Henri Pirat
Ouvrages généraux DELANGE, J. Arts et peuples d'Afrique noire, introduction
a une analyse des creations plastiques.Paris, 1967, NRF Gallimard.ELISOFON, Ouvrages spécialisés et articles BOGNOLO, D. Le jeu des fetiches. Signification,
usage et role des fetiches des populations lobi du Burkina Faso. Arts
d'Afrique noire, 1990 (n° 75, pp. 21-31 et 76, pp. 19-28). Remerciements - Aux lobi, birifor, dagara et gan qui nous ont
reçu, guidé et renseigné dans leur pays. (retour
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