tellem et dogon

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Les Dogon qui habitent actuellement le site des falaises de Bandiagara au Mali ont été précédés du XIe au XIIIe siècle par les Tellem qui restent encore très mystérieux : d'après la tradition dogon, ils constituaient une branche des Kurumba, de la province du Yatenga et les Tellem eux-mêmes avaient chassé de "petits hommes à peau rougeâtre", appelés les Andoumboulou par les Dogon, probablement les ancêtres des Pygmées actuels. On peut dater du XVIe siècle l'occupation définitive du site par les Dogon qui fuyaient devant les Peuls et l'islamisation.

Les Tellem ont laissé des objets de culte et des objets funéraires qui ont eu une influence sur leurs successeurs ; ils ont réutilisé certains objets en les resacralisant. On sait que la falaise de Bandiagara a été occupée dès le IIIe siècle av. J.-C. ; on y a retrouvé des objets en fer datant des Ier et IIe siècles. Les recherches de R. Bedaux (1977) permettent de situer l'arrivée des Tellem dans la région de Sanga vers le XIe. De petits autels et des appuie-nuque en bois datent du XIIe siècle et les figures en bois très dur, conservées sous des auvents à flanc de falaise et liées entre elles par des chaînes de fer dateraient du XIIIe siècle.

La première exposition tellem eut lieu en 1954. La découverte des Tellem a été tardive bien que les Dogon n'aient pas ignoré la présence de ces statuettes.tellem Celles-ci se caractérisent par les bras levés au-dessus de la tête; très allongées, stylisées, réduites à l'essentiel, seules ou en couple, elles expriment, selon les Dogon, une prière pour obtenir la pluie, (explication contestée par plusieurs auteurs) ou plus généralement elles implorent le pardon des fautes commises. L'aspect granuleux de leur surface est dû au guano de chauve-souris qui a contribué à leur conservation à l'intérieur des grottes. Les grottes des Tellem, très difficiles d'accès, servaient de lieux de sépulture, à mi-hauteur des falaises. Selon la légende, ils avaient le pouvoir de s'y envoler en levant les bras au ciel. tabouret dogonOn retrouve ce même geste sur les figures des portes, des arches ou des pieds des tabourets dogon. Bedaux (1977) a montré que les Dogon, comme les Kurumba, ne pouvaient être les descendants des Tellem et qu'il fallait admettre la disparition de ce peuple autour du XVe et du XVIe siècle, à la suite des "campagnes militaires des Songhaï qui avaient annexé l'empire du Mali, contre les habitants des falaises".

Bibliographie:
R.M.A. BEDAUX, Tellem, Berg-en-Dal, Afrika Muséum, 1977.
C. D. ROY, The Dogon of Mali and Upper Volta, Munich, galerie Fred und JensJahn, 1983.

 

 dogon

cliquez pour aller "jeter un coup d'oeil" au grand masqueAu sud du Mali, dans la boucle du Niger, les deux cent cinquante mille Dogon se sont installés, au cours du XVe siècle, sur un plateau bordé par la falaise de Bandiagara, longue de deux cents kilomètres qui surplombe une plaine. Après avoir été chasseurs, ils cultivent le millet, le sorgho et le blé au sommet des falaises ou sur les pentes qu'ils ont dû aménager en raison de la rareté des points d'eau.

La population du Mali forme un ensemble culturel aux relations étroites et aux influences internes réciproques. On remarque des similarités dans les différents mythes : ainsi le thème de la faute originelle rachetée par un sacrifice se trouve chez les Bozo et chez les Dogon.

Comprenant plusieurs clans totémiques, le village dogon est sous l'autorité du conseil des anciens. A la tête d'une région, le hogon est le chef religieux, responsable du culte du lébé, le serpent mythique. Assisté du forgeron, il préside aux cérémonies agraires. Maître des échanges et du commerce, il ne travaille pas aux champs, mais ne peut quitter sa maison considérée comme un sanctuaire.

Les clans se subdivisent en lignages, ginna, dirigés par le patriarche, gardien de l'autel des ancêtres du clan et officiant du culte de l'animal totémique.

Outre ce système hiérarchique de parenté, des associations masculines et illustration d'un des "évènements" de  la "cosmogonie dogon" décrite par Griaule...féminines sont chargées de l'initiation qui a lieu par classe d'âge, tonno, correspondant à un groupe de nouveaux circonsis ou d'excisées. Les membres d'une classe d'âge se doivent une aide mutuelle jusqu'à leur mort. L'initiation des garçons commence après la circoncision, par l'enseignement des mythes commentés par des dessins et des peintures. Le jeune garçon y apprendra la place de l'homme dans la nature, la société et l'univers. La mythologie dogon est si complexe qu'un griot a besoin d'une semaine pour la réciter en son entier.

Les forgerons et les sculpteurs sur bois qui forment une caste à part, transmettent leur métier héréditairement (en principe). Ils sont craints et respectés par la communauté qui leur suppose des pouvoirs particuliers. Ils ne peuvent se marier qu'à l'intérieur de leur caste. Les femmes sont chargées de la poterie.

tcliquez pour aller "faire un tour" du côté de cette statue de "style tellem"Avec les oeuvres de " styles tellem ", la sculpture dogon reprend les mêmes silhouettes hermaphrodites aux bras levés et à l'épaisse patine de sang et de bière de mil. Les ancêtres mythiques nés du dieu Amma, les quatre couples de Nommo, ornent les tabourets, les poteaux du toguna ou maison de réunion des hommes, les serrures et les portes des greniers. Le couple primordial, sorte d'Imago mundi, est représenté assis sur un tabouret, "couple primordial"...cliquez !dont la base figure la terre tandis que le plateau supérieurcouple en pierre... cliquez ! représente le ciel, reliés entre eux par les nomma. Les figures féminines assises, les mains sur le ventre, liées au culte de la fécondité, incarnent la première ancêtre morte en couches et sont l'objet d'offrandes de nourriture et de sacrifices de la part des femmes qui attendent un enfant. Les statues agenouillées des esprits protecteurs sont placées à la tête du mort pour absorber sa force spirituelle, le ryama, et être ses intermédiaires avec le monde des morts, où elles accompagnent le défunt avant d'être replacées sur les autels des ancêtres. Les cavaliers rappellent que, selon le mythe, le cheval fut le premier animal présent sur terre.

Le style dogon a évolué vers un certain " cubisme " : tête ovoïde, épaules dogon...cliquez pour l'agrandir !carrées, membres effilés, seins pointus, avant-bras et cuisses en plans parallèles, coiffure stylisée aux trois ou quatre lignes incisées, nombres qui signifient respectivement l'homme et la femme. "Les sculptures dogon, plus qu'aucune autre, donnent corps à des valeurs religieuses, des sentiments et constituent des entités symboliques et ésotériques" (J. Laude, 1973). Elles servent de support à l'initiation et à l'explication du monde. Cachées dans les sanctuaires ou dans la résidence du hogon, elles servent à transmettre un savoir à l'initié qui déchiffrera la statue selon son niveau de connaissances.

L'association masculine, awa, chargée de l'initiation, organise également lesmasque dit "à étages", une partie étant manquante... grandes cérémonies masquées du dama, ou levée du deuil qui peuvent durer plusieurs jours et commémorent les défunts des deux ou trois dernières années. A cette occasion, deux masques principaux sont masque kanaga (dogon)...un peu "hors-normes" !fabriqués : le singe ou maison à étages porté par un danseur qui mime le mythe de la création et la descente de l'arche, le masque kanaga, lame rectangulaire, surmonté par la "croix de Lorraine". D'autres masques zoomorphes les accompagnent : antilope, lièvre, buffle, singe, oiseau, hyène, lion ainsi que des masques-heaumes avec cornes et museau. Ces masques sont rehaussés de pigments rouges, noirs et blancs.

La grande cérémonie du Sigui a lieu tous les soixante ans. Un masque-serpent en est le symbole, et toute la communauté y participe.

"échelle dogon"...cliquez !L'art dogon se manifeste également dans l'architecture et les objets du culte : bacs dont les poignées sont constituées de la tête et de la queue d'un cheval, bols rituels qui contiennent le mélange de viandes d'âne et de mouton consommé à la fête de la récolte ; les objets domestiques : calebasses, mortiers, pilons, appuie-nuque, peuvent être également sculptés de nomma ou de dessins géométriques.

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Bibliographie :

G. CALAME-GRIAULE, Ethnologie et Langage, la parole chez les Dogon, Paris, Gallimard, 1965.

M. GRIAULE, Masques dogons, Paris, institut d'Ethnologie, musée de l'Homme, 1938.
Arts de l'Afrique noire, Paris, Chêne, 1947.
Dieu d'eau, entretiens avec Ogotêmmeli, Paris, Fayard, 1966.

M. GRIAULE et G. DIETERLEN, Le Renard pâle, Paris, institut d'Ethnologie, musée de l'Homme, 1965.

J. LAUDE, African Art of the Dogon, New York, Viking Press, 1973.

(Synthèse réalisée par Françoise Stoullig-Marin, tirée de"L'Art Africain" de Jacques Kerchache, Jean-Louis Paudrat et Lucien Stephan, aux éditions Citadelles)

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